I-
QUI EST SOKHNA DIARRA
A - Généalogie
De son vrai nom Mariama Bousso, elle nous est parvenue en 1833
à Golléré, petite localité du Fouta.
Fille
de Mouhamed Bousso, fils de Hammad, fils de Aliou Bousso, elle
descend d’une lignée dont l’origine chérifienne
attestée remonte jusqu’à l’Imam Hassan
fils de Ali, fils de Abu Talib (Que Dieu l’honore).
De cette
ascendance, elle a hérité d’une piété
tellement pure, qu’elle a acquis le surnom de Jâratul-Lâhi,
c’est-à-dire la Voisine de Dieu. A sa vénérée
mère Sokhna Asta Wallo, elle doit une très solide
formation dans les Sciences Religieuses (Législation islamique,
Théologie, Politesse légale, etc.) et une profonde
maîtrise de la pratique du Soufisme, science que la plupart
des musulmans de la sous région ignoraient à l’époque.
B - Education
et formation religieuse
De son
ascendance aussi bien paternelle que maternelle, Sokhna Diarra
a hérité d’une forte tradition d’érudition
en Sciences Coraniques, et d’une profonde piété.
Sous la férule de sa vénérable mère
Soxna Asta Wallo, elle a achevé à 14 ans son premier
Muçhaf (rédaction de mémoire du Saint-Coran).
Sa vie n’a pas été longue, (seulement 33 ans).
Pourtant, elle est créditée d’une production
de plus de 40 exemplaires du Livre Sacré, écrits
de sa main, car elle était "passée maître"
dans l’art de la calligraphie.
Dans le
sillage de la tradition familiale, elle s’est, elle-même
appliquée à perpétuer les pratiques méritoires
comme la vivification des foyers de formation religieuse, la mémorisation
du Coran, l’enseignement des sciences religieuses et la
pratique du soufisme. Ainsi, elle est arrivée à
une maîtrise parfaite de la Théologie, de la Jurisprudence
et du Taçawuuf.
Ici, une
parenthèse s’impose :
nous savons
que, lorsque Dieu parle des hommes, il faut donner à ce
vocable son sens générique qui désigne l’espèce,
et évoque donc aussi bien les hommes que les femmes. Rappelons
en effet, que les mêmes devoirs et obligations sont également
opposables aussi bien aux hommes qu’aux femmes, auxquels
Dieu promet les mêmes récompenses et agréments
ou inversement les mêmes punitions pour les mêmes
actes, sans discrimination aucune. Cependant, c’est Dieu
lui-même qui, dans Ses desseins insondables, a placé
l’homme au-dessus de la femme. La conséquence est
que, quel que soit son âge, une femme est toujours sous
tutelle, (soit de ses parents, soit de son époux) et que,
l’agrément de Dieu ne lui est acquis que par le médium
de cet époux dont Dieu lui ordonne de rechercher l’agrément
préalable.
En dehors
de cette disposition, aucune autre distinction n’existe
entre homme et femme. D’ailleurs, nous l’avons dit
plus haut, Dieu, dans Ses promesses comme dans Ses mises en garde,
dans Ses recommandations comme dans Ses interdits, parle , le
plus souvent, à la fois aux hommes et aux femmes (Mûminîna
wal Mûminâti, Muslimîna wal Mouslimâti,
etc.).
En parfaite
croyante, profondément pénétrée de
ses devoirs envers Dieu, et entièrement soumise à
Sa volonté, Sokhna Diarra cultivait la résolution
de vivre, bien avant de rejoindre le domicile conjugal vis-à-vis
de son futur époux, qui qu’il puisse être,
en parfaite conformité avec l’esprit du Saint Coran.
II-
APOLOGIE DES VERTUS EXEMPLAIRES DE SOKHNA DIARRA
A
- Sa Piété
Il est
donc établi que la pratique religieuse ne saurait être
agréée si elle n’est pas assise sur un savoir
bien maîtrisé. D’ailleurs, Cheikh Ahmadou BAMBA
a dit :
"Celui
qui, ayant acquis le savoir, ne s’emploie pas à conformer
ses comportements et conduites à ses connaissances, est
comparable à un âne qui ploie sous le faix d’un
lourd chargement de livres savants ( et qui, bien entendu, ne
saurait profiter de tant de sciences") (Tazawuddu-sh-Shubban
Vers 585).
Puisqu’il
en est ainsi, nous disons que Sokhna Diarra, elle, est le parfait
exemple d’une piété incommensurable fécondée
par une connaissance insondable des Sciences Religieuses.
Jamais
de sa vie, elle n’a manqué une prière. Mieux,
elle n’a jamais accompli une prière sans la faire
précéder d’ablutions scrupuleusement exécutées.
De même, chacune de ses prières, soigneusement accomplie
à l’instant requis et dans l’orthodoxie la
plus pure, est invariablement conclue par une séance de
wird.
En dehors
du mois béni de Ramadan, elle s’adonnait souvent
à la pratique du jeûne surérogatoire ou méritoire.
Alors
qu’habituellement, les femmes se distinguent par le papotage
ou le commérage, Sokhna Diarra, pendant qu’elle s’occupait
des travaux domestiques ou dans ses va et vient entre le puits
et la maison, récitait entièrement le Dalà-ilul-Khayrâti
de l’Imam Jazûli ( un célébre receuil
de prières sur le Prophète, Paix et Salut sur Lui.).
D’ailleurs,
il est connu qu’elle consacrait le plus clair de son temps
à la lecture ou à la récitation du Coran,
sinon, elle formulait des prières en faveur du Prophète
(çalâtu cala-n- Nabî).
Elle ne
manquait jamais à son devoir de solidarité sociale
à travers les aumônes qu’elle distribuait généreusement,
sans ostentation ni mépris pour le récipiendaire.
C’est par cette constance dans l’adoration de Dieu
qu’elle a acquis le titre envié de Jâratul-Lâhi
(la Voisine de Dieu).
B
- La quête de l’agrément de Dieu par le service
rendu à son Maître Serigne Mbacké Mor
Il est
de tradition qu’au moment de rejoindre le domicile conjugal,
une jeune mariée se voit prodiguer des conseils et recommandations
de bonne conduite méritoire afin de réussir sa vie
de ménage, et surtout d’acquérir les faveurs
de Dieu par le médium du service rendu à l’époux
qu’elle va retrouver.
Lorsque
vint le tour de Sokhna Diarra, elle a écouté patiemment,
poliment tous ces discours que dans son for intérieur elle
considérait comme très en deçà de
ses propres résolutions. Alors, cherchant, à son
habitude, l’inspiration divine dans les Saintes Ecritures,
elle ouvrit son Coran qu’elle avait toujours à portée
de main. Elle tomba sur le verset attestant que Muhammad (PSL)
est le dernier des Envoyés.
Sa résolution
fut aussitôt prise. Par ses actes méritoires auprès
de cet époux que Dieu lui a choisi, elle allait entreprendre
de gagner en grâces si élevées que, n’eût
été cette parole divine qui mettait fin à
la liste des Envoyés, elle aurait compté, à
coup sûr, l’un d’entre eux parmi sa progéniture.
Mais qu’à cela ne tienne : l’un de ses enfants
au moins, aura au service du Meilleur des Hommes (P.S.L.), un
renom si immense que, partout où l’on glorifiera
la primauté de Seydina Muhammad (P.S.L.) parmi les autres
Envoyés et la pertinence supérieure de la Mission
de cet Elu (P.S.L.), l’on attestera de même sa prééminence
parmi les Serviteurs de ce Messager Ultime (P.S.L.).
Ainsi,
Sokhna Diarra, uniquement soucieuse de se conformer en toute chose
aux recommandations de DIEU, allait entreprendre (résolution
prise, au demeurant, bien avant son mariage), de se dévouer
corps et âme à son époux, uniquement pour
gagner l’agrément du Créateur. Et, sans rien
attendre en retour, elle a toujours accompli son devoir fait de
respect scrupuleux et de soumission totale à la volonté
de cet époux.
Par exemple,
faute d’avoir reçu un contre ordre de Serigne Mbacké
Mor (son époux), il lui est arrivé de passer une
nuit entière sous la tornade, agrippée à
un pan de clôture alors que celui-là même qui
lui avait ordonné de procéder ainsi était,
depuis longtemps, allé exécuter ses adorations nocturnes
dans sa chambre en l’oubliant sur place.
Une autre
fois, plutôt que de déroger à l’ordre
d’apporter de l’eau que lui avait donné son
époux, elle a préféré se jeter dans
le puits, avec la ferme intention de se servir directement à
la nappe pour satisfaire son maître. La raison, c’est
qu’ elle n’avait pas trouvé de corde sur place
pour tirer le précieux liquide. Cet épisode, si
retentissant, est demeuré gravé dans la mémoire
collective des croyants de ce pays. Il a été, par
la suite, chanté, magnifié par tous les exégètes
du mouridisme qui s’en sont servi comme base argumentaire
pour instruire nos consœurs sur leurs devoirs vis à
vis de leurs époux.
C’est
dans la bonne humeur, et sans préjudice pour tous ses devoirs
de civilité à l’égard des parents et
hôtes de son époux, qu ’elle s’occupait
elle-même de ses travaux domestiques et de l’entretien
de son foyer. Quand on connaît l’environnement hostile
de Porokhane à l’époque, avec la sécheresse
et la chaleur qui caractérisent cette partie du Sénégal,
on peut mesurer combien étaient durs les travaux accomplis
dans ces conditions. Pourtant, Sokhna Diarra ne s’est jamais
plainte, n’a jamais rechigné à la tâche,
pour la seule gloire de DIEU et de son Prophète (Paix et
Salut sur Lui.).
C - L’exemplarité
dans les relations sociales
Sokhna
Diarra a acquis la réputation d’une femme très
sensible aux maux d’autrui et, selon les circonstances,
elle savait moduler ses interventions, toujours dans un sens utile
à ceux qui en bénéficiaient :
couvertures
aux personnes âgées en période de froid,
eau fraîche à profusion en période de chaleur,
etc.
comme
le chante Cheikh Samba Diarra Mbaye.
Elle s’est
évertuée à créer un climat de sérénité
et de paix dans la famille de son époux. Elle savait trouver
le moyen de créer une parfaite entente avec ses co-épouses.
Une exquise convivialité et un profond respect ont toujours
été la base de ses rapports avec les parents et
les hôtes de son époux. Quant aux voisins, ils ont,
de tout temps, eu à se féliciter de sa gentillesse
inégalable, de la grande fiabilité de ses conseils,
et de sa serviabilité jamais prise en défaut. Jamais
elle n’a ménagé son secours aux nécessiteux
qui s’en ouvraient à elle à propos de leurs
problèmes.
Ce qui
est impotrant à souligner c’est que Sokhna Diarra
savait donner. C’est à dire que, jamais l’ostentation
dans le geste de donner n’a, de sa part, entaché
ses actes ni attenté à la sensibilité ou
à l’honneur de ceux qui ont eu à bénéficier
de ses largesses. Et, ceux qui ont eu à se confier à
elle pour un conseil, sont assurés d’une discrétion
aussi totale que celle d’un sépulcre.
D - Son
rôle d’éducatrice
"Minanul
Bâqil Qadîm"( Les Bienfaits de l’Eternel
) de Serigne Mouhammadou Bassirou Mbacké nous apprend que,
malgré le lourd fardeau des travaux domestiques et le service
de son époux, Sokhna Diarra savait trouver le temps de
s’occuper de l’éducation et de la formation
de ses enfants. Elle aimait leur raconter l’histoire des
saints et des pieux anciens, afin que leur vie leur serve d’exemple,
de référence. Ses méthodes pédagogiques
ont eu un tel succès que pour en témoigner, évoquons,
tel qu’il est décrit, un des sites qu’on peut
visiter, lors d’une ziarra, à Porokhane.
Aujourd’hui
encore on trouve le reste de l’arbre sous lequel, à
douze ans, Serigne TOUBA, le fondateur du Mouridisme, se retirait
déjà seul avec sa tablette de Coran. C’est
là, qu’à cet âge, il se réfugiait,
chapelet en main pour s’entraîner à la méditation
et à la retraite spirituelle, sur le modèle des
vertueux anciens de l’histoire de l’ISLAM ? dont sa
Sainte Mère lui racontait l’épopée.
C’était vers 1864.
D’ailleurs,
sur les qualités pédagogiques et la pertinence des
méthodes d’éducation de Sokhna Diarra, on
peut se faire une opinion mieux argumentée en se reportant
aux écrits de Serigne Mbaye Diakhaté et de Serigne
Moussa Kâ, qui sont des poètes en langues wolof,
et qui ont chacun fait l’apologie des vertus de Jâratul
-Lâh.