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La
Fondation de la Mouridiyah (1882/83) |
Entièrement
assujettie au saint devoir de la piété filiale, la
forte personnalité de Cheikh Ahmadou BAMBA n'avait, jusqu'à
la disparition de son père, jamais eu la latitude nécessaire
à sa pleine expression. Mais les événements
immédiatement postérieurs à l'inhumation même
de Serigne Momar Anta Sali, n'allaient pas tarder à révéler
sa véritable physionomie spirituelle en consacrant l'originalité
de sa démarche et sa prééminence incontestable
sur ses contemporains.
En effet, un premier incident majeur survint, juste
après la cérémonie mortuaire, lorsqu'il fut
question de préposer le jeune Cheikh à la succession
de son père pour les charges de conseiller du roi.
Déclinant catégoriquement et publiquement
cette offre, il eut ces propos qui semèrent le désarroi
dans l'assistance: "Je n'ai pas l'habitude de fréquenter
les monarques. Je ne nourris aucune ambition à l'égard
de leurs richesses et ne recherche des honneurs qu'auprès
du SEIGNEUR SUPREME (...) J'aurais honte que les Anges me voient
aller chez un autre roi que DIEU".
Il composera par la suite, en guise de réponse
aux dignitaires et à ses détracteurs, une ode devenue
célèbre:
" Penche vers les portes des rois, m'ont-ils dit, afin d'obtenir
des biens qui te suffiraient pour toujours.
DIEU me suffit, ai-je répondu, et je me contente
de LUI et rien ne me satisfait si ce n'est la Religion et la Science.
Je ne crains que mon ROI et n'espère qu'en LUI car c'est
LUI, le MAJESTUEUX, qui m'enrichit et me sauve.
Comment disposerais-je mes affaires entre les mains de ceux-là
qui ne sont même pas capables de gérer leurs propres
affaires à l'instar des plus démunis?
Et comment la convoitise des richesses m'inciterait-elle
à fréquenter ceux dont les palais sont les jardins
de Satan?
Au contraire, si je suis attristé ou éprouve un quelconque
besoin, je n'invoque que le Propriétaire du Trône [qu'est
DIEU].
Car IL Demeure l'Assistant, le Détenteur de la Puissance
Infinie qui crée comme IL veut tout ce qu'IL veut.
S'IL veut hâter une affaire, celle-ci arrivera
prestement mais s'IL veut l'ajourner, elle s'attardera un moment.
O toi qui blâmes! N'exagère pas dans ton dénigrement
et cesse de me blâmer! Car mon abandon des futilités
de cette vie ne m'attriste point...
Si mon seul défaut est ma renonciation aux biens des rois,
c'est là un précieux défaut dont je ne rougis
point!"
Ce double défi est lancé à
la fois aux souverains, à qui le Cheikh rappelait leur servitude
vis-à-vis du ROI des rois qu'est le TOUT-PUISSANT, puis à
l'élite de l'orthodoxie musulmane dont il dénonçait
la complaisance et la compromission, constitua en fait les premières
prémices significatives des vives hostilités que n'allait
pas tarder de susciter son intransigeance..
En effet devaient, dès lors, se révéler
un cercle limité de partisans, parmi les véridiques,
frappés par sa Pureté et sa Crainte Révérencielle
alors que la majorité de ses contemporains et parents conçurent
dès lors une forte défiance à son endroit.
L'incompréhension dont il fut victime lui valut en ce temps
nombre de vexations et de brimades auxquelles Cheikh Ahmadou BAMBA
répondait invariablement par la patience et la bienveillance.
Cette époque fut aussi marquée par
l'errance du Cheikh à travers les contrées inhospitalières
du Sénégal et de la Mauritanie, à la quête
de science ou à la rencontre des pieuses gens auxquelles
il témoignait une vive admiration se traduisant par les divers
services qu'il ne manquait jamais de leur rendre. Il eut à
utiliser successivement en ce temps le wird de la Qadria transmis
par son père, celui provenant de Abû al-Hassan Al-Shâdhilî
(1197-1256) pendant huit ans et le wird de Cheikh Ahmed Tidjane
(décédé en 1815) pendant huit ans ou plus.
Cette bonne disposition du Cheikh envers toutes
les voies spirituelles accréditées atteste un esprit
d'ouverture, de tolérance et de respect des Grands Maîtres
qui ne se démentira jamais malgré les innombrables
tentatives de dissension des ignorants ou des ennemis comme il eut
à l'écrire dans ses Itinéraires du Paradis:
"Tous les wirds mènent directement l'aspirant spirituel
vers l'Enceinte Scellée de DIEU, peu importe qu'ils émanent
de A. Qadir Jilâni, de Ahmad Tijâni ou d'une autre Eminence
spirituelle"...
A ce stade de la quête auprès des Maîtres
Illustres allait plus tard succéder l'instruction spirituelle
directe auprès du Messager de DIEU en personne, le Prophète
Muhammad (PSL) en dehors duquel il lui fut désormais interdit
de rechercher un guide. Le Cheikh prit dès lors le Coran
comme wird et s'engagea au Service (Khidmah) de son seul Maître,
le Prophète (PSL). Ensuite, obtempérant à l'Ordre
Divin l'enjoignant de proclamer les Avantages lui provenant de DIEU,
il invita ceux de ses aspirants contemporains à s'engager
dans la Voie à le suivre.
Les principes de sa tarbiyya (éducation spirituelle),
reposant essentiellement sur la connaissance de la profonde physiognomonie
du postulant, permettait au cheikh de choisir la méthode
la mieux adaptée aux aptitudes du disciple: éducation
livresque et éducation spirituelle. Ainsi le Cheikh eut-il
à éduquer par le verbe, en incitant par la Sagesse
(Hikam) et l'Avertissement (Intizar) vers l'ascèse et la
perfection spirituelle, à prêcher par l'exemple la
stricte observance des Prescriptions Divines, l'abandon absolu de
Ses Proscriptions, l'évocation du Nom de DIEU (Dhikr) et
la détermination dans le service (Khidmah) rendu aux créatures
pour la FACE de leur CREATEUR.
Sa renommée ne tardant pas à s'étendre
du fait de ses vertus charismatiques et des lumières dont
irradiaient ses aspirants, l'affluence chez lui prit alors des proportions
impressionnantes. Ainsi peut-on compter parmi ses disciples, dans
ses daaras (écoles) de Mbacké Cayor et d'ailleurs,
nombres de figures éminentes de la noblesse céddo
mais aussi des érudits et des hommes de DIEU émerveillés
par ses dons: Cheikh Adama GUEYE, Cheikh Ibrahima FALL, Cheikh Issa
DIENE, Cheikh Ibrahima SARR, etc.
La suspicion que fit bientôt naître
un tel mouvement se traduisit par les persécutions dont firent
très vite objet les novices mourides de la part des chefs
locaux dont l'autorité se sentait menacée par leur
latente insoumission et par l'hostilité affichée de
certains maîtres spirituels dont la popularité du Cheikh
semblait se conforter au prix de la désaffection des disciples.
Ces oppositions conjuguées à d'autres
circonstances historiques objectives allaient en fait constituer
les prémices des futures épreuves que la main du Destin
préparait déjà pour la jeune communauté
mouride, vérifiant encore une fois la prédiction de
Warrakha Ibn Nawfal annonçant au futur Messager de DIEU (PSL):
"Nul n'a apporté ce que tu apportes sans avoir été
persécuté"...
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