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Cheikh
Mouhammadou
Moustapha MBACKE 1927-1945
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Selon
l'hagiographie mouride, le premier successeur de Cheikh
Ahmadou Bamba naquit le 11 du mois de Muharram
de l'an 1306 de l'Hégire, à
Darou Salam, correspondant au 17 septembre 1888
de l'an romain.
L'histoire rapporte qu'il fallut aller à la quête
du Cheikh qui avait à cette époque l'habitude
de s'absenter pendant assez longtemps dans la forêt
avoisinante à la recherche du futur site de la ville
de Touba.
Les
émissaires le trouvèrent finalement au troisième
jour de la naissance de l'enfant de Sokhna Aminata
Lô dans un lieu nommé Fétto
sous une averse abondante.
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Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké fut ainsi l'aîné
des enfants du Cheikh restés vivants et le frère utérin
de Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké.
Il
eut la douleur de perdre très tôt sa pieuse mère
ayant conclu un pacte en ce sens avec le Cheikh.
Il entreprit son étude du Coran auprès de son père
et dut, après le départ de celui-ci en exil en 1895,
continuer ses études avec Serigne Ndame Abdou
Rahmane Lô à Darou-l-Halîmoul
Kabîr. Etudes qu'il poursuivit avec son oncle
Cheikh Ibra Faty jusqu'au retour de Cheikh
Ahmadou Bamba du Gabon en 1902.
Il
fut notamment partie des disciples qui rejoignirent le Cheikh à
Saout-El-Ma, en Mauritanie, et y demeura avec lui jusqu'en 1907.
Il
l'accompagna aussi à Thiéyène et ne s'éloigna
significativement de son voisinage qu'après le retour définitif
de celui-ci à Diourbel en 1912.
Lorsqu'il
reçut l'ordre de fonder à 6 km de
Touba le village de Husnu-l Mahâb qui n'était
en ce temps qu'un petit hameau de Peulhs transhumants appelé
Tindôdi. Il fut en 1921,
partie de la compagnie du Cheikh à Dakar lorsque celui-ci
y alla répondre à une invitation du Gouverneur Général
de l'A.O.F. C'est à lui aussi que son père remit sa
participation de 500 000 F au relèvement
du Franc français.
Durant
toute la période de coexistence avec son père et maître,
Cheikh Mouhamadou Moustapha se distingua par un dévouement
et une détermination dans le service qu'il lui consacrait,...
Tels
qu'il arriva souvent au Cheikh de mettre publiquement en exergue
son engagement et son esprit de sacrifice que tout disciple lui
enviait. On ne comptait pas les copies de mémoires du Saint
Coran que le fils effectua pour le père ni les tonnages de
récolte dont il lui fit don.
Lors
du rappel à DIEU du Serviteur du Prophète, le
19 juillet 1927, Cheikh Mouhamadou Moustapha fit une fois
de plus montre de ses vertus de lucidité et de tempérance,
après avoir personnellement constaté le décès,
en organisant dans une discrétion absolue son inhumation
à Touba, selon les voeux du disparu.
Après
sa désignation le 25 juillet 1927, le premier
Calife a du assuré la relève en s'attelant particulièrement
à la construction de la Mosquée de Touba; projet qui
tenait réellement Cheikh Ahmadou Bamba à coeur.
Malgré
des débuts marqués par des difficultés de tous
ordres, dont la plus dure fut assurément l'opposition de
nombre de dignitaires de la Communauté à son califat,...
Cheikh Moustapha s'avéra rapidement être un Calife
de grande intelligence soutenue par une vaste culture et une conformité
sans faille aux enseignements du Cheikh se traduisant notamment
par un courage, une dignité et une générosité
qui resteront légendaires.
C'est
lui qui, à la disparition de leur père, s'était
chargé de l'éducation de presque tous ses frères
et soeurs. Beaucoup d'entre eux vécurent avec lui et le Calife
n'épargna, selon les témoignages de ses frères
mêmes, aucun effort pour leur bien-être allant même
jusqu'à leur désigner, une fois devenus adultes, leur
premier lieu d'installation en ne manquant jamais de leur fournir
l'aide matérielle nécessaire aux premiers pas dans
la vie.
Ce
fut également un excellent administrateur, un authentique
homme de terrain.
En
1928, il obtint l'immatriculation d'un terrain de 400
hectares sis à Touba. Il demanda, au début
de 1929, l'autorisation de reprendre la construction
de la Mosquée dont l'irresponsabilité et la cupidité
de l'Administrateur Occidental désigné avaient mis
les travaux en cause.
A
l'issue d'un long procès à rebondissements dans les
tribunaux parisiens, l'Administrateur Tallerie eut injustement gain
de cause et la communauté mouride se vit contrainte de lui
payer la somme faramineuse de 250 000 francs comme
dommages et intérêts pour dédit et préjudice
sur rupture de contrat.
D'autres
obstacles auxquels le chantier de la Mosquée eut bientôt
à faire face furent : l'acheminement du matériel de
construction à Touba face à l'inexistence de réseau
de communication,... La rareté des matériaux tels
que la latérite dans cette zone, la profondeur de la nappe
phréatique (à plus de 25 m) posant de façon
cruciale le problème de l'eau etc.
La
découverte de la carrière de Ndock,
à une dizaine de kilomètres au Sud de Touba, permit
de résoudre le problème de la latérite.
L'engagement
total de dizaine de milliers de volontaires, le dévouement
indescriptible de milliers de jeunes, femmes et adultes travaillant
plus de 18 heures par jour, transportant dans des paniers posés
à même la tête ou sur charrettes d'énormes
blocs de pierres sur une dizaine de kilomètres,...Toute cette
formidable énergie déployée dans la sueur et
dans le sang (car on ne compta pas alors les décès)
accélèrent l'achèvement des fondations et l'empierrement
de la plate-forme de la future mosquée.
Pour résoudre le problème des voies de communication
Cheikh Mouhamadou Moustapha entreprit, malgré l'incrédulité
des autorités publiques, le financement et la réalisation
sur fonds propres d'un tronçon d'une cinquantaine de kilomètres
de voie ferrée qui allait relier Diourbel à Touba
via Mbacké à partir d'un embranchement du Dakar-Niger.
Avec
toujours la détermination extraordinaire de milliers de disciples,
des "Baye Fall" sous le commandement
de leur khalife Serigne Moustapha Fall, fils aîné
de Cheikh Ibrahima Fall, et les autres Cheikhs, la
durée de réalisation de cette initiative inédite
dans l'histoire pulvérisa toutes les prévisions et
fut achevée en un an et quelques mois.
Ce
succès éclatant accéléra de façon
impressionnante l'unité et l'unanimité qui, déjà,
faisait jour autour de sa personne façonnant ainsi durablement
l'organisation de la Mouridiyah après la disparition du Cheikh.
Au
point de vue économique, l'âme profondément
paysanne de Cheikh Moustapha alliée à un esprit d'entreprise
et d'organisation élevé, permirent à la communauté
mouride de produire des résultats agricoles considérables.
Ainsi la production arachidière qui était estimée
aux environs de 20 000 tonnes au début
des années 30 passera en 1937/38 à 75
000 tonnes soit une progression marginale de 275%.
Le Chantier confié à la Société des
DRAGAGES, il fut officiellement procédé à la
pose de la première pierre de la Mosquée le
vendredi 4 mars 1932.
Mais,
malgré la célérité des travaux, les
années de peste meurtrière, la récession mondiale
des années 30 se conjuguant aux perturbations de la seconde
guerre ralentirent considérablement leur progression.
Et c'est dans ce contexte de profonde crise et de graves difficultés
économiques que s'éteignit le vendredi 13
juillet 1945 (3 Sha'bân 1364H.) Cheikh Mouhamadou
Moustapha confiant à ses suivants la perpétuation
de l'oeuvre colossale entreprise pendant plus de 18 ans.
Mais
s'il reste à jamais vrai que DIEU TRES-HAUT ne peut oublier
la rétribution de ceux qui combattent "avec leurs biens
et leurs personnes" sur Son sentier,...
LUI
qui a promis dans Son Saint Livre: " En vérité,
Je ne perds jamais de vue l'oeuvre de celui qui fait le bien, qu'il
soit homme ou femme (...) Ceux qui se sont expatriés pour
Ma Cause, qui ont combattu, qui ont été tués,...
Je leur pardonne leurs mauvaises actions et les ferai entrer dans
les Jardins arrosés par des ruisseaux, à titre de
Récompense Divine; certes DIEU dispose de la plus belle Récompense"
En
vertu de cette divine Promesse, Serigne Mouhamadou Moustapha aura
alors mérité son Agrément et son Election,
la Reconnaissance du Prophète de l'ISLAM (PSL) et celle de
Khadimou Rassoul.
Mieux,
tous ceux qui, aujourd'hui, se réclament du Serviteur du
Prophète ou toute personne tenant sincèrement au rayonnement
de la Parole de DIEU TRES-HAUT sur terre doit une fière chandelle
à ce Digne Socle de l'Edifice de la Foi et de la Vertu...
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