Il entama
ses études coraniques chez Serigne Ndame Abdou
Rahmane LO à Darou Halimou-l-Kabîr,
village plus connu sous le nom de Ndame. Il effectuera
plus tard le " Tadjid" (ou l'art de
comprendre le texte coranique) avec son oncle Serigne
Mame Mor Diaara puis avec Mame Thierno Birahim.
Il habita
avec son père à Mbacké-Bâri et fit
aussi partie de ceux qui le rejoignirent dans son second exil
à Saout-el-Ma en Mauritanie. C'est là bas que le
Cheikh, l'ayant un jour réuni avec son frère Cheikh
Modou Moustapha et son cousin Mor Rokhaya BOUSSO leur
tint ce discours : "Je ne suis le père,
ni le frère, ni l'oncle d'aucun d'entre vous. Je suis une
créature vouée au Service de son Seigneur. Et ceux
d'entre vous qui auront choisi de suivre le chemin tracé
par mon Seigneur, ceux-là seuls, seront mes fils, mes frères,
mes neveux, mes talibés",
C'est ce jour
là qu'il renouvela son serment d'allégeance et son
engagement indéfectible de demeurer au service du Cheikh
pour la FACE de l'Eternel. C'est pourquoi il déclara dans
un poème : " Nos espérances reposent
en toi, ô toi qui nous à ouvert les portes de la
Félicité. Je t'échange en ce jour mon rang
de fils en contrepartie de l'honneur d'être ton disciple.
Et quand tu daignera me gratifier de cet honneur insigne je te
prierai de l'accepter comme mon offrande de disciple".
Après
quatre années de séjour en Mauritanie Cheikh Mouhamadou
Fadilou restera encore avec son père à Thiéyène
puis à Diourbel à partir de 1912.
Il est rapporté que de là à 1927,
date de la disparition du Cheikh, il fit de mémoire 28
copies reliées du Saint Coran dont il fit don
à son père. Il lui offrit également sa maison,
sise alors avenue de la gare à Diourbel, qui était
une belle demeure couverte de tuiles rouges avec, à chaque
angle, le signe de l'étoile et du croissant. Le Serviteur
du Prophète lui exprima ce jour là sa reconnaissance
à travers un verset qui accordait à DIEU Seul le
pouvoir de le récompenser.
C'est également
à l'issue de ses recherches que la carrière de Ndock
fut découverte et que le Cheikh lui assignat comme but
de sa vie l'édification de la Mosquée de TOUBA.
Huit
mois après la disparition de son père,
Cheikh Mouhamadou Fadilou entreprit le Pèlerinage aux lieux
Saints de l'Islam en compagnie de ses oncles Mame Cheikh
Anta Mbacké et Serigne Mbacké Bousso,
de El Hadj Mayoro Fall, Serigne Moulaye
Bousso, Serigne Mandiaye Diop
et de Serigne Ibrahima Dia. Au cours de ce périple,
du 7 mars au 28 juin 1928 à bord du bateau
"Amasty", les pèlerins eurent
l'opportunité de visiter : au Maroc la Mosquée construite
par Moulaye Hassan en 1315 Hégire, en Egypte les tombeaux
du Prophète Daniel, celui de Luqman, de Mouhammad Busri
et Abdoul Abbas Al-Masri à Alexandrie ; puis au Caire le
mausolée de Ahmad Al-Bakari, celui du Compagnon du Prophète
(PSL) Umar Ibn AL-AS, de Sidi Kalil, de Rokhaya soeur de Hassan,
de Hussein puis l'Université Al-Azhar. Ils visitèrent
naturellement le tombeau du Prophète (PSL) à Médine
puis ceux de ses Califes "Râchidoûn" (Bien-Guidés),
des compagnons, ceux de la famille du Messager (PSL) puis la première
Mosquée construite par le Prophète (PSL): Al-Khoubâ.
El Hadj Fallou eut même le rare privilège de pénétrer
le 21 mai à l'intérieur sacré de la Kaaba
où il effectua 8 rakkas.
Les liens
qui unissaient Serigne Fallou à son aîné (le
Calife) Cheikh Mouhamadou Moustapha dépassaient à
telle enseigne le seul cadre de la consanguinité que le
Calife lui demandait très souvent de baptiser les nouveaux
villages qu'il créait.
Serigne Fallou
écrivit ainsi à l'occasion de l'inauguration de
Taïf : "Ô toi qui erres dans la crainte
des calamités de ton temps, trouve refuge chez le Calife
Moustapha à Taïf."
Il réitéra
ainsi avec le successeur de BAMBA les liens d'allégeance
et d'affection profonde qui l'unissaient à son père,
dévouement qui se traduisit notamment par son adhésion
totale à l'effort d'édification de la Mosquée
avec son frère dont il fut, un jour de 13 juillet
1945, préposé à la succession.
Le contexte
d'investiture du nouveau Calife est cependant loin d'être
favorable : dus aux aléas de la récession mondiale
des années 30 et à la seconde guerre finissante,
le chantier de la Mosquée a été suspendu
depuis 1939. El Hadj Fallou dut donc s'atteler
à la tâche de la relève à travers différentes
mesures de tous ordres. Tout d'abord, en accord avec le conseil
de famille, il décida que la concession de 400 hectares,
noyau de la ville de TOUBA, constituera une propriété
indivise entre les descendants en ligne directe du Cheikh.
Le Magal sera
désormais célébré à l'anniversaire
du départ en exil au Gabon, c'est à dire le
18 du mois de Safar, conformément à un
voeu du Cheikh formulé à DIOURBEL, et non plus le
19 Muharram anniversaire de sa disparition.
Il fixera
la participation volontaire au budget de la Mosquée à
28 f par tête; le chiffre 28 représentant
la valeur numérique du mot "TOUBA". Le
9 février 1948, il est décidé que
toutes les sommes collectées seront déposées
en banque sur un compte "Mosquée-TOUBA".
A la reprise
des travaux en 1949, il fallut entreprendre de
profonds réaménagement sur les plans et devis initiaux
du projet et avec toujours l'engagement sans faille de milliers
d'adeptes, la Grande Mosquée de TOUBA fut enfin inaugurée
le 07 juin 1963.
Elle fut,
peu après, visitée par Serigne Abdou Aziz
SY, Calife des Tidjanes, El Hadj Thierno Seydou
Nourou TALL, Ahmadou Bella, Sardana
de Sokoto etc.
Le khalifat
de Serigne Fallou a été aussi marqué par
le soutien constant qu'il apporta à l'ancien président
de la République Léopold Sédar SENGHOR
avec qui il entretenait des liens très étroits,
en devers des différences de confessions mais en vertu
d'une certaine conception de l'humain et de la Nation.
Le khalifat
de Cheikh Mouhamadou Fadilou fut également placé
sous le signe du grand nombre de réalisation qu'il effectua
dans le monde mouride. C'est à lui que l'on doit notamment
le lotissement de la ville de TOUBA sous l'instigation visionnaire
de son neveu Serigne Cheikh Mbacké. Il entreprit également
le prolongement de la voie ferrée de TOUBA - Gare à
TOUBA Mosquée, l'implantation de forages à Darou
Mousty, Touba Bogo etc., sans parler de son immense contribution
au développement de l'agriculture et à la diversification
des cultures dans la région de Diourbel. Il développa
aussi nombre d'implantations comme le village Ndindy en 1913.
C'est dans
la nuit du 06 août 1968 que El Hadj Mouhamadou
Fallou Mbacké s'éteignit à TOUBA après
avoir vécu un nombre d'années correspondant au nombre
de verset de la sourate Ya-Sin : 83 qui est aussi la valeur numérique
du "Jëf" signifiant oeuvre. La douleur indescriptible
qui frappa le monde mouride traduisit sa consternation à
la perte d’un homme qui marqua tous les esprits par sa générosité,
bonhomie, son humour mais aussi par son sens du dévouement,
son orthodoxie et son charisme. C'est depuis donc ce jour que,
dans cette enceinte à laquelle il consacra sa vie, il repose,
à l'Est de son père et qu'il résidera à
tout jamais dans des milliers de coeurs qui chanteront éternellement
la gloire de "Baye Galass".