L'âme profondément rurale comme tous ses frères,
il fonda plusieurs villages dont Belel, comptant
300 hectares de terres cultivées et Bouki Barga
fondé en 1945 sur la demande de son grand
frère Serigne Modou Moustapha qui s'était,
depuis la disparition de leur père, chargé de son
éducation et l'aidait à faire ses premiers pas dans
le vie.
Les champs de Bouki Barga, répartis entre 12 daaras exploitant
en tout un carré de 11 km de côté ont produit
seuls, en 1967, 150 tonnes d'arachide. Dans les liens qui l'unissaient
au khalife El Hadj Fallou et par delà lui à toute
la famille de Khadimou Rassoûl, se dénotait toujours
la vénération sans égal qu'il nourrissait
à l'égard du Cheikh et de tout ce qui se rattache
à lui.
Son accession au khalifat, le 6 août 1968,
fut marquée par la rigueur, le sens du concret et une détermination
dans l'oeuvre que traduisaient son franc parler et ses réalisations.
Il procéda ainsi à la reconstruction de l'ancien
marché "Ocas" dont les normes
ne s'adaptaient plus à celle d'une agglomération
comme TOUBA.
Mais l'oeuvre la plus spectaculaire restera, sans nul doute,
la pénalisation déclarée le 18 septembre
1980 dans tout le périmètre de la ville
de TOUBA, des boissons alcoolisées, du tabac,
de la drogue, de la contrebande, des jeux de hasard, des manifestations
non orthodoxes et de tout ce qui va à l'encontre des principes
de l'Islam.
En adoptant ainsi l'ouvrage Matlabu-l Fawzaïni
consacré par le Cheikh à TOUBA comme constitution
et projet de société, Baay Lahat ira plu loin et
s'investira dans la dotation d'infrastructures à la ville.
Il entamera d'abord la décoration intérieure de
la Mosquée et du Mausolée de Serigne TOUBA dont
les murs seront incrustés d'or 18 carats. Il y paraphera
son oeuvre par l'extension de l'enceinte extérieure avec
un budget d'un milliard 750 millions; ce qui dépassa de
17% le financement escompté lors de son appel à
la participation des mourides.
Il s'attaquera aussi à la réalisation de la Bibliothèque
Khadimou Rassoul, l'une des plus grandes d'Afrique Noire,
dénommée "la Maison du Coran" à
cause de la quantité inestimable du Livre Saint qui y est
conservée. Elle compte des centaines de milliers d'ouvrages
de valeur (48 tonnes en 1983) pour un coût de plus d'un
milliard de francs - Serigne Abdoul Ahad donna également
une impulsion durable à l'édition coranique avec
la création d'une imprimerie moderne contribuant à
la vulgarisation du Saint Coran et des écrits du Serviteur
du Prophète dont il participait activement à la
collecte des oeuvres et au recensement du patrimoine.
Il mit en chantier la première université islamique
d'Afrique noire pour un coût de 7 milliards de francs. Le
"Bâtisseur" édifia une
magnifique maison d'accueil dénommée Résidence
Cheikhoul Khadim puis réalisa le joujou architectural de
la source de la Miséricorde "AYNOU RAHMATI".
Un important effort de modernisation de la ville fut aussi entamé,
sous le troisième khalifat, avec la viabilisation de 86
000 parcelles habitables gratuites, la construction d'un centre
de santé à Ndâmâtou, une autoroute à
l'entrée de la ville, des routes bitumées dans les
principales artères, un chapelet de forages, le chantier
d'un aérodrome, l'ouverture au réseau automatique
du téléphone et à l'électricité,
la mise en place d'une brigade de gendarmerie etc.
L'épaisseur de sa dimension humaine fut que Cheikh Abdoul
Ahad entretint des relations de fraternité musulmane avec
l'ensemble des différentes familles religieuses envers
lesquelles son soutien ne se démentit jamais. C'est ainsi
qu'il reçut, lors de visites mémorables Serigne
Cheikh Tidjane SY, Cheikh Abdoulaye THIAW LAYE etc.
mais aussi celle de chefs d'Etats comme Mobutu SESESEKO
du Zaïre, venu visiter la tombe de son ami El Hadj Ndiouga
KEBE, le président Sékou TOURE de Guinée
en mémoire des liens qui unirent le Cheikh à son
ancêtre l'Almamy Samory lors de son exil au Gabon etc.
La fermeté et l'intransigeance, caractéristiques
de Baaye Lahat se manifestaient cependant lors, par exemple de
son sermon de la Tabaski de 1984, lorsqu'il réagit aux
nombreuses plaintes des mourides portant sur les injustices dont
ils faisaient l'objet à la radio diffusion publique. Il
termina son allocution de ce jour là par une serment devenu
célèbre : "S'il convient que les
choses doivent évoluer de la sorte, je jure par DIEU et
par Serigne TOUBA que plus personne n'entendra ma voix sur les
antennes!"
Cheikh Abdoul Ahad marqua durablement de son empreinte le Mouridisme
en faisant non seulement de son centre la seconde métropole
du pays, avec une expansion étonnante mais aussi en lui
aménageant une place et une image qui lui valut le respect
public, sinon la reconnaissance comme première force de
la nation. Le khalife inculqua aux talibés, à travers
ses inoubliables sermons, la conformité aux prescriptions
su Seigneur et l'abstention de ses proscriptions, le respect des
limites de la Sunna Prophétique; il développa aussi
leur attachement au service de Khadimou Rassoul et la sincérité
dans l'acte grâce à la certitude pour la dimension
incomparable du Cheikh.
Ce fut un jour de 18 juin 1989, à TOUBA Belel,
que le 3e khalife de cheikh Ahmadou Bamba s'éteignit, après
21 ans d'un Sacerdoce exceptionnel où il veillât
sans relâche sur le flambeau éternel du Mouridisme.
Il repose aujourd'hui au coeur de la magnifique bibliothèque
qu'il érigea sur la terre de TOUBA, au centre de milliers
de Coran, après avoir vécu le nombre frappant de
77 années d'une vie originellement marquée du Sceau
d'un destin prodigieux de Bâtisseur de l'Islam.