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SERIGNE
SALIOU MBACKE
PAR UN DE SES PROCHES
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Serigne
Saliou s’en est allé rejoindre son Seigneur,
laissant orphelins toute une communauté, des millions
d’hommes, de femmes et d’enfants. C’était
le vendredi 27 Décembre 2007 ; et, depuis cette date,
l’on ne cesse de par le monde de pleurer et de prier.
Mais,
il faut aussi penser à la manière de tirer
profit des innombrables leçons qu’il a données
aux « taalibe » (disciples) avec, simplement
le modèle de sa vie.
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Serigne
Saliou a, sa vie durant été un parfait modèle
profonde piété, d’humilité et de détachement
extraordinaires.C’est dans le dessein de tenter d’assimiler
ces leçons que Al mouridiya vous propose cette lecture de
Serigne Saliou, témoignage d’une personnalité
de premier plan dans cet exercice. Il s’agit de Serigne Bassirou
MBACKE (Abdou Karim), érudit
ayant beaucoup étudié ; homme de grande expérience
dans la recherche et l’enseignement, ayant été
responsable d’une des « daara » de Khelcom, très
proche de Serigne Saliou, jouissant de toute sa confiance. Il s’agira
donc de Serigne bassirou MBACKE « Khelcom » répondant
aux questions de « Al mouridiya » ; questions relatives
essentiellement à « Serigne Saliou et l’éducation
» « Serigne Saliou et les enfants ».
AL
MOURIDIYA : après
les terribles moments qui viennent de frapper la Mouridiya, notre
intention est de mieux faire connaître S. Saliou. Cela est
possibles dans divers domaines, mais, ici, il s’agira d’aborder
le thème « Serigne Saliou et l’éducation
; S.Saliou et les enfants, l’enseignement du Coran et les
daara »On pourrait prendre comme point de départ le
sermon que le Khalife prononça à l’occasion
de la fête de Korité de l’an 1992 ; sermon au
cours duquel il semblait demander qu’on lui confiât
les enfants pour son projet d’éducation dans ses exploitations
agricoles de Khelcom.
SERIGNE
BASSIROU: Oui, au cours de ce sermon, Serigne Saliou
avait fait allusion à une habitude que Cheikh Ahmadou Bamba
avait prise à la fin de son séjour terrestre : cela
consistait à dire à quiconque lui apportait un enfant
de l’instruire, de l’éduquer et le préparer
au travail manuel.Et, il citait souvent des vers parmi lesquels
:« Je détiens une science autre que livresque ; alors,
ne ménage point ton ardeur dans mon service »Alors
le Khalife disait que, même s’il ne se considérait
pas habilité à avoir la même prérogative,
il pensait pouvoir s’en inspirer et demander qu’on lui
confiât des enfants qu’il instruirait et éduquerait
dans ses champs de Khelcom.Cependant, avant l’avènement
de Khelcom, le Khalife avait des « daara » dans divers
endroits du pays.Il s’agissait le plus souvent de localités
où il disposait de terres à cultiver et dans lesquelles
il implantait des « daara ».
Alors,
l’appellation de la localité ne changeait pas.Il en
est ainsi de Ndiouroul, Ndiappndal Ngiijaan, Gnaarou, Lagan etc…Mais,
Khelcom est un cas particulier ; une sorte d’étape
finale. Il s’agissait d’une forêt classée
vaste de 45000 ha qui servira de cadre à l’important
projet d’éducation que le Khalife avait conçu.
AL
MOURIDIYA : Venons en
à présent aux relations entre le Khalife et l’enfant
; le Khalife et l’éducation
SERIGNE
BASSIROU : Le Khalife était un enseignant
et un éducateur par excellence.Serigne Chuaybou MBACKE disait
que le Khalife était meilleur éducateur que lui car,
alors que ses « daara » à lui ne produisait que
des « imâm », ceux de S. Saliou pouvaient donner
et des « imâm » et des « jëwrin »
( Responsable d’équipe de travail ).Et S. Chuaybou
ajoutait, pour étayer son affirmation : « ce que Serigne
Saliou est prêt à consentir comme effort pour former
un homme, je ne suis pas capable d’en réaliser la moitié
».C’est dire que S. Saliou avait une connaissance de
l’homme lui permettant d’en extraire toutes les qualités,
toutes les vertus à valoriser.Chez lui, l’enseignement
allait de pair avec l’éducation.A ce propos, les théoriciens
de la « tarbya » (perfectionnement spirituel) ont montré
que l’homme est composé de 03 éléments
:- l’âme (rûh)- le corps, l’enveloppe charnelle
(yaram)- l’esprit (xel)Chacun de ces éléments
doit être pris en charge dans l’acte d’éducation,
et c’est là un aspect qui a toujours été
pris en charge dans les « daara » de S. Saliou.Dans
les « daara », on commençait toujours par construire
une mosquée pour réaliser le « tarbyatur-rûh
(éducation de l’âme)Ensuite, le Khalife consentait
beaucoup d’efforts dans l’enseignement. Il avait une
grande considération pour les enseignant du Coran et des
Sciences religieuses.Il faisait toujours comprendre aux «
taalibe » (disciples) qu’ils n’étaient
pas au même niveau que des gens qui, après avoir maîtrisé
le Coran, acceptaient de travailler pour le compte de Serigne TOUBA.Quant
à l’enfant à proprement parler, S Saliou nourrissait
pour lui une grande commisération.Il disait qu’il fallait
éduquer l’enfant dans l’acceptation et la détermination
(« pas pas »).
C’est
ce qui faisait, expliquait –il, que l’enfant acceptait
l’effort et s’y adonnait volontairement, que l’on
fût à ses côtés ou non.Par contre, la
contrainte dans l’enseignement apprentissage n’est pas
positive ; ses aspects négatifs sont plus importants que
ses aspects positifs.S Saliou disait que si l’on considère
son élève comme son cadet en sollicitude, il vous
reconnaît le statut d’aîné en respect et
obéissance.Mais, si ce sont la violence et la contrainte
que l’on utilise, il est fort probable que l’on n’obtienne
pas satisfaction de son élève.Une illustration de
la grande considération qu’il vouait aux enfants se
lit dans l’importance qu’il accordait à leur
santé et leur bien-être.Le Khalife a très tôt
réalisé un centre de santé d’un coût
global de 100 millions de F CFA à Khelcom.De plus, il existe
dans chaque « daara »
une
infirmerie où l’on prend en charge les premiers soins
pour les enfants.Quant à l’hygiène et la propreté,
quiconque arrive dans un « daara » peut facilement constater
que le savon, les désinfectants et l’habillement son
toujours abondamment fournis.Une chambre froide de grande capacité
existe à Khelcom, permettant de disposer en permanence de
viande et de poisson si indispensables à l’alimentation
des enfants.Dans les « daara », de très grandes
quantités de nourriture sont quotidiennement préparées,
en plus des repas qu’on y amène à tout moment.
AL
MOURIDIYA : Voyons à
présent les différentes disciplines qui sont enseignées
dans les « daara » et les méthodes mises en œuvre
SERIGNE
BASSIROU : Concernant les disciplines, il y avait
d’abord le Saint Coran à faire assimiler avant tout.
Voilà pourquoi le Khalife préférait s’occuper
d’enfants jeunes, car il considérait que l’adulte
était beaucoup plus difficile à gérer.Ensuite,
venaient les Sciences religieuses les plus pratiquées par
Serigne TOUBA :- le « tawhîd » (comment considérer
DIEU dans Son Unicité)- le « fiq » (comment pratiquer
la religion) le « taçawwuf » (comment perfectionner
sa pratique)Parmi les méthodes utilisées, on peut
citer le « sas » (cahier de charge) que le Khalife avait
institué.Il s’agissait d’un nombre donné
de versets du Coran, de chapitres en sciences religieuses ou de
titres de « qacida » (poèmes du Cheikh) qu’il
fallait assimiler à titre minimal et obligatoire.On pouvait
certes dépasser son « sas », mais, c’était
un minimum dont l’assimilation était obligatoire pour
l’élève.En dehors de ces matières, il
y avait aussi des matières considérées comme
« instrumentales » comme le « nahw » (grammaire),
le « arûd »(poésie), le « bayân
» (rhétorique) et le« lughatal arabiyat »
(langue arabe).Le Khalife aimait beaucoup la poésie et les
belles-lettres.Dans les « daara », certains disciples
arrivaient à une maîtrise de la versification à
un point tel qu’on les confondait souvent à des écrivains
de langue arabe.Et cette maîtrise se vérifiait également
dans la langue wolof avec la poésie « wolofal ».
AL
MOURIDIYA : Peut-on à
présent avoir une idée de l’organisation dans
les « daara » avec quelques éléments de
statistique ?
SERIGNE
BASSIROU : Le Khalife m’a dit un jour que
la « daara » devait compter le chiffre de la sourate
« baqara »+ 3 soit 285 + 3 = 288 individus. C’est
ce nombre là qu’il fallait avoir dans les « daara
».Si l’on y ajoute les enseignants et leurs épouses,
cela devait faire 313, la population maximale de la « daara
».
Alors, je me suis mis à analyser ces données. J’ai
d’abord trouvé qu’avec l’effectif des «
taalibe » et les 24 chambres que compte la « daara »,
chaque chambrée devait compter 12 « taalibe »
et leurs « jëwriñ » (Responsables)Les enseignants
et leurs épouses sont logés à part.Il y a alors
à considérer qu’il faudra 12 maîtres coraniques,
leurs 12 épouses et 01 enseignant en Sciences religieuses
pour avoir l’effectif projeté de 313.Donc, si l’on
suit cette logique, on trouve que chaque « daara » doit
disposer de 12 maîtres, avec, pour chacun une classe de 20
élèves. Ce qui donne un effectif global de 240 élèves.Les
48 personnes qui manquent, pour faire 288 seront constituées
de 24 « jëwriñ » et 24 « topp jëwriñ
(des adultes).Ainsi, l’effectif normal de chaque « daara
» devait être de 240 enfants ; le reste devait être
constitué d’adultes.
AL
MOURIDIYA : Et quels sont
les « daara » du Khalife ?
SERIGNE
BASSIROU: Le périmètre de Khelcom
compte 15 « daara » identifiés au début
par des numéros, de 1 à 15.Maintenant, des dénominations
individualisées sont trouvées : Jannnatul Mahwaa,
Darou Tanzil, TOUBA Belel, darou Rahman, Ndindy, Tindody, Ummul
Ghura, TOUBA Khelcom, Darou Salam, Darou Minan, Darou Khoudoss etc.
…En plus et en dehors du périmètre de Khelcom,
il y a Ndiouroul, Ndiappndal, Ngejaan, Lagan, Niarou, Darou Salam
Gniringal, Ngoth, Khabbaan etc.…Dans la Ville sainte de TOUBA
et périphéries, il y a Jannatul Mahwaa, TOUBA Ndiareem,
Ngabou etc.…Cela fait plus de 20 « daara ».Concernant
les effectifs, l’objectif de 313 personnes par « daara
» ciblé par le Khalife était rarement satisfait.
Il s’agissait d’un idéal à atteindre,
mais certains « daara » comptaient 200 talibé
d’autres 300, d’autres plus…Une estimation récente
selon Saal DJITTE faisait état d’un effectif global
de plus de 10000 talibé dans les « daara ».
AL
MOURIDIYA : Que peut on
dire de la durée des apprentissages ?
SERIGNE
BASSIROU : Cela dépend de la capacité
d’assimilation de chacun.Pour les uns, c’est 04 ans
pour mémoriser le Saint Coran ; pour d’autres, un peu
plus. Cela est lié à l’intelligence ou la mauvaise
volonté des élèves.Il faut dire que S.Saliou
ne préconisait pas, comme la plupart des enseignants les
sévices corporels sur l’apprenant.Il avait l’habitude
de dire que pour les apprentissages, il faut toujours mettre en
avant l’acceptation de l’enfant, et éviter autant
que possible la contrainte.C’est ainsi que, même s’il
arrivait que des « taalibe » fissent preuve de mauvaise
volonté, les « sëriñ daara » (maître
coranique) ne pouvaient user de la violence sur eux.Le Khalife avait
une méthode de persuasion basée sur le sens des responsabilités
de l’enfant et sur sa « kersa » (sens de la pudeur).Cela
consistait à appeler tous les élèves et à
leur demander de se ranger à sa droite ou à sa gauche
selon qu’ils aiment ou non les études.Alors, la plupart
des enfants, même s’ils ne le voulaient pas, se rangeaient
du côté des bons élèves, par pudeur.Cependant,
si, malgré tout certains se déclaraient carrément
« mauvais élève », le khalife respectait
leur choix et acceptait qu’ils se plaçassent du côté
indiqué. Il avait l’habitude d’utiliser une formule
à l’intention des fugueurs qu’on ramenait. Il
leur disait : « Mais, toi, pendant que tout le monde accourt
vers Serigne TOUBA, où veux tu te rendre toi ? »
Serigne
Saliou tenait beaucoup dans ses méthodes d’éducation
à l’éveil de l’enfant, à son ouverture
d’esprit.S. Moustapha Saliou[2] m’a dit un jour que
ce que le Khalife appréciait le plus chez ses gens, c’est
leur intelligence et leur ouverture d’esprit.Il préférait
d’ailleurs l’ouverture d’esprit au savoir savant
car, expliquait-il, quelqu’un pouvait être très
savant et s’abstenir de pratiquer son savoir, alors que l’éveil
et l’idiotie ne pouvaient coexister.
AL
MOURIDIYA : C’est
cela que les théoriciens de la pédagogie occidentale
moderne appellent l’Entrée par les compétences.Selon
cette méthode, il faut éviter de se limiter au seul
savoir savant pour l’apprenant. Il faut toujours privilégier
la « compétence », c'est-à-dire l’aptitude
à mobiliser et à réinvestir ses connaissances
pour résoudre un problème posé.Et maintenant,
Serigne Bassirou, pour conclure ?
SERIGNE
BASSIROU : Si les gens arrivent à assimiler
les méthodes d’éducation du Khalife, s’ils
s’efforcent à les pratiquer, la chose la plus difficile
à réaliser qui soit, ce que l’on cherche partout
sera disponible ici à TOUBA.Nous avons constaté que
d’habitude les gens instruits soit dans les « daara
» (écoles coraniques), soit à l’école
« française » ne songent à la fin de leur
cursus qu’à être de simples « intellectuels
» peu aptes au travail manuel.Pour les premiers, ils ne pensent
qu’à se considérer comme « cheikh »
(marabout). Pour les seconds, il n y a rien d’autre à
faire en dehors des statuts de bureaucrate ou de fonctionnaire.Mais,
Serigne Saliou lui était capable de former quelqu’un
et d’en faire un érudit ; mais un érudit capable
de changer rapidement un pneu crevé, exactement comme un
ouvrier, un « manuel ».Ce qui fait donc souvent défaut
dans l’éducation, la compétence, c’est
dans les « daara » de S.Saliou que je l’ai vu.Il
faut donc tenter d’étudier les méthodes d’enseignement
du Khalife si l’on veut vaincre la grande difficulté
qui consiste à réunir chez l’apprenant savoir,
savoir-faire, et savoir être.
SOUCRCE
www.almouridiya.org
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